Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le handicap en région Bretagne

Rennes: Un patient hémiplégique dédommagé par l'hôpital

31 Décembre 2016, 10:29am

Publié par Association Barrez la Différence

Il y a onze ans jour pour jour, Yann Tilly sortait hémiplégique de l’hôpital Pontchaillou de Rennes, après y avoir été admis en urgence pour un AVC, trois mois plus tôt. Un handicap lourd, qui aurait peut-être pu être évité. Fin juillet, le tribunal administratif de Rennes a conclu à des « manquements fautifs » de la part du CHU, qui a été condamné à lui verser 73.000 euros en réparation.

« Mon bras droit ne fonctionne pas, j’ai du mal à marcher et puis je suis très sujet à la fatigue. Je fais régulièrement des malaises, je tombe… » Le 23 septembre 2005, un accident vasculaire cérébral (AVC) a rendu Yann Tilly hémiplégique. Un handicap difficile à vivre, d’autant plus que, dès sa sortie de l’hôpital, l’homme a des doutes sur le sérieux de sa prise en charge par les docteurs. S’engage alors pour lui un marathon judiciaire qui durera près de dix ans, afin de « savoir ce qu’il s’est réellement passé cette nuit-là ». Un combat qui s’est achevé, fin juillet, par la condamnation du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes. Le tribunal administratif a jugé que ce dernier avait « commis des manquements fautifs à l’origine d’un retard de diagnostic, de nature à engager sa responsabilité ». Et l’a condamné à verser plus de 73.000 euros à Yann Tilly, « en réparation de ses préjudices ». Le CHU n’a pas fait appel. 

Diagnostic tardif

 

Le soir de l’accident, le Guingampais, qui habitait alors à Rennes, est admis en urgence à l’hôpital Pontchaillou. Il a fait un gros malaise à son domicile et toute la partie droite de son corps est paralysée. Les médecins vont lui faire une prise de sang, une ponction lombaire et un scanner. Mais aucun des examens ne permet d’établir un diagnostic et son état ne s’améliore pas : il tombe dans le coma au cours de la nuit. Ce n’est que le lendemain, en milieu d’après-midi, qu’une imagerie par résonance magnétique (IRM) sera réalisée. Elle permet de diagnostiquer un AVC et les médecins lancent le traitement. Yann Tilly sortira de l’hôpital trois mois plus tard, handicapé pour le reste de sa vie. Il a alors 33 ans. Dans son jugement, le tribunal souligne que l’état de Yann Tilly à son arrivée aux urgences nécessitait d’effectuer rapidement un examen par IRM, « en le transférant, au besoin, dans un autre établissement ». Et s’ils indiquent qu’il est « impossible d’affirmer qu’un traitement plus précoce aurait permis au patient d’éviter l’aggravation de son état », les juges concluent que ce retard a handicapé ses chances de s’en tirer à moindre mal. Pour eux, ce diagnostic tardif est à l’origine « d’une perte de chance de 20 % d’éviter le dommage tel qu’il s’est produit ». 

Dix ans de procédure

Aujourd’hui, Yann Tilly se dit « soulagé et content » de ce verdict. Soulagé car ce jugement est le point final d’une très longue procédure. Il a d’abord contacté, dès 2006, le médiateur du CHU, avant de porter l’affaire devant la Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux (CRCI). « En 2010, après une expertise, la commission a estimé qu’il était possible qu’il y ait eu un dysfonctionnement dans ma prise en charge, sans l’affirmer non plus », indique-t-il. Pas suffisant pour l’hôpital, qui refuse toujours d’admettre qu’il a pu commettre une faute. À court d’options, il décide de déposer une requête auprès du tribunal administratif, en 2011. Ce dernier lui donnera finalement raison cinq ans plus tard. « Ce combat, je l’ai aussi mené pour que la prise en charge des patients soit améliorée, que l’humain prime sur l’argent et surtout pour éviter qu’une histoire comme la mienne ne se reproduise, revendique aujourd’hui Yann Tilly. Au CHU de Pontchaillou l’IRM fonctionne maintenant 24 h/24, ce qui n’était pas le cas lors de mon accident.
Ce n’est pas forcément grâce à moi mais à mes yeux, c’est une victoire »

Commenter cet article