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Le handicap en région Bretagne

Dinan: Un musicien de renommée mondiale atteint d'hyperacousie

12 Décembre 2016, 08:27am

Publié par Association Barrez la Différence

Imaginez un musicien atteint d'hyperacousie, une pathologie grave qui rend le son douloureux... C'est le cas du Jad, un Dinannais parti pour devenir DJ, privé soudain de concerts, avant de rebondir en créant les sons des meilleurs « scratcheurs » du globe.

Il est un peu le Beethoven de la musique électronique. Mais à l'inverse du grand Ludwig, devenu sourd à 27 ans, Le Jad, lui, a été frappé d'hyperacousie à l'âge de 25 ans. Son ouïe est devenue hypersensible, les sons lui sont douloureux. Le jeune homme, déterminé à devenir DJ depuis ses 15 ans, est tombé de haut. Avant de remonter en selle. Dans son petit studio dinannais, il se sent « à l'abri » du monde extérieur. L'atmosphère est feutrée, le matériel à la pointe. « Avec ça, je peux travailler à très faible volume », souffle-t-il. Des enceintes, des synthétiseurs, un compresseur... et des platines l'entourent. « Mais elles, elles sont juste là pour décorer ». C'est là que le Dinannais, quand sa santé le lui permet, crée de la musique via son ordinateur. Pour « dépasser ses limites ».

« Un grand bam »

Et son nom d'artiste a depuis longtemps dépassé les frontières. Le grand brun de 35 ans est « beatmaker pour les scratcheurs ». En clair, il crée des rythmiques et des sons pour les DJs virtuoses des platines du monde entier. Il fabrique « la matière première » pour exprimer les talents des tritureurs de vinyles. Faute d'avoir pu lui-même faire carrière sur scène, il travaille pour les autres. Jad a 25 ans quand il assiste à son dernier concert, dans un club malouin. « Il y avait un problème avec la sono dans une salle. On n'entendait rien. J'ai donc enlevé mes bouchons d'oreille. Mais quelqu'un a ouvert la porte de la deuxième salle où la sono hurlait. Ça a fait un grand bam dans mes oreilles ».

« Un oreiller sur l'enceinte »

Sur le moment, il a cru « à une otite. Mais dès le lendemain, je ne supportais plus ma voix »... Le jeune homme se réveille avec le tympan comme prêt à éclater. « Le simple fait de croquer un morceau de gâteau provoquait une déchirure, une brûlure dans le crâne ». Un mois plus tard, le diagnostic tombe : « hyperacousie sévère et douloureuse ». Mais « trop tard pour les traitements d'urgence ». À cette époque, Jad a lâché ses études pour se consacrer à l'electro. Son premier disque l'a bien fait connaître dans ce petit monde et son accident auditif lui tombe dessus au moment où il prépare le deuxième disque. Le coup physique et moral est rude. Il porte en permanence un casque antibruit sur les oreilles. « Je vivais reclus. Quand ça allait mieux, il suffisait qu'une ambulance passe dans la rue ou quelqu'un parle un peu fort pour que je sois de nouveau KO ». Petit à petit, l'amour de l'art l'aide à repartir.
 
« J'ai recommencé à composer avec un oreiller sur l'enceinte, à un volume quasiment inaudible ». Sa soif de découvrir et de mettre au point des nouveaux sons l'aide à combattre le handicap. Il sort « Nervous Shock », deuxième opus qui fera le tour du monde.

« Il a changé la planète scratch »

Car en cette année 2006, Le Jad va défrayer la chronique dans un monde du scratch en pleine ébullition. Pour la première fois, il écrit le « show » d'un candidat au plus prestigieux des concours mondiaux, le Disco Mix club (DMC), dans la catégorie reine (*). Avec les sons du Jad, DJ Netik devient le premier Français champion du monde DMC. « Il y a eu une fusion entre nous, témoigne celui-ci. À l'époque, Le Jad était le seul producteur à s'intéresser à la culture scratch. Avant, nous dépendions des disques qui existaient déjà. Il a apporté une liberté totale d'agencement des sons et de créativité ». Le talent du Dinannais est de nouveau récompensé l'année suivante, lorsqu'il travaille pour l'Allemand DJ Rafik qui gagne à son tour. Bis repetita en 2010 avec LigOne. Aujourd'hui, il collabore avec plein d'autres cadors. Le Breton « a changé la planète scratch », observe DJ Netik. « Entre 2006 et 2010, dans le milieu, quasiment tout le monde utilisait ses sons ». Avec une trentaine de disques, dont le dernier est sorti cet été, Le Jad a imposé sa griffe. Celle du novateur. Il est en perpétuelle recherche « d'effets étranges, de nouvelles textures et de nouveaux arrangements qui repoussent les limites ». La colère et la frustration nées du handicap, qui marquaient sa musique il y a dix ans, ont laissé place à plus de douceur et d'apaisement, ce qu'il attribue à ses enfants.

Invité en Asie, aux États-Unis...

On l'invite dans les clubs en Asie, aux États-Unis et dans toute l'Europe mais ses oreilles l'empêchent de s'en approcher, ne serait-ce que sur le parking... « J'ai un palmarès improbable pour quelqu'un qui vivait reclus chez lui », s'étonne lui-même le « beatmaker », très loin de rouler sur l'or pour autant.
Jusque là, aucun organisme ne lui a permis de trouver un travail adapté à son handicap. Et sans scène, son art n'est guère rémunérateur. « Quand je vends 100 disques digitaux, dix fois plus sont piratés. Si je retrouvais une bonne santé auditive, je ferais le tour du monde, j'enchaînerais les dates et je mettrais ma famille à l'abri du besoin. Mais ce n'est pas le cas ». * En individuel, prestation de 6 minutes

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