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Le handicap en région Bretagne

Handicap à Lannion: Réapprendre à conduire après un accident de la vie

21 Novembre 2016, 08:27am

Publié par Association Barrez la Différence

Une maladie ou un nouveau handicap peut devenir un frein à la conduite. Alors certains la revoient et adaptent leur voiture. Ce réapprentissage se passe à bord d’un véhicule de l’hôpital de Lannion.

« Avant, j’avais la voiture de Monsieur Tout le Monde… » Mais depuis un mois, c’est un véhicule suréquipé que Joël Chalony a en sa possession : conduite tout au volant, ouverture automatique des portes avec déploiement du fauteuil roulant...Il faut dire qu’en un an, la maladie de Charcot a fait irruption dans le quotidien de ce Lannionnais, bouleversant au passage toutes les habitudes. Dont la conduite.

Malgré la paralysie, l’amputation…

C’est au volant d’une voiture spécialement aménagée que Joël Chalony s’est fait la main ces derniers mois : un véhicule appartenant à l’hôpital de Lannion-Trestel, qui le met à la disposition du CER de Marine Hallegot, à Lannion, la seule auto-école du département à rééduquer à la conduite en lien avec un centre hospitalier.

« Il n’aura fallu que cinq heures de cours à Joël Chalony, porté par sa motivation, relate Marine Hallegot. Mais ça peut s’avérer beaucoup plus long, parfois… » Bien des cas de figure peuvent en effet conduire à régulariser ainsi son permis de conduire : que l’on soit atteint d’une maladie évolutive, comme celle de Charcot, ou la sclérose en plaque, victime d’un accident de la route (avec une amputation), du travail (des doigts sectionnés), d’un AVC ayant entraîné une paralysie partielle…

« Dès lors, la conduite telle qu’on l’a vécue est devenue impossible. Il faut se rendre à l’évidence et envisager des aménagements possibles sur sa voiture », campe Joël Chalony, « 42 ans de conduite au compteur ».

Une évaluation à Trestel

C’est le début du processus : la prise de conscience est cruciale. « La maladie de Charcot a rendu mes jambes très lourdes. J’ai continué à rouler malgré tout, jusqu’au moment où je me suis dit qu’il fallait être responsable. Car si j’avais renversé quelqu’un, que ce serait-il passé ? En découvrant ma pathologie, les assurances m’auraient-elles couvert ? »

Chaque année, en moyenne, une soixantaine de personnes comme Joël Chalony, sont orientées - souvent par leur médecin - vers le centre de rééducation de Trestel.Tout commence par une évaluation menée par un ergothérapeute et un moniteur de conduite. « On n’est pas là pour faire repasser le permis à ces gens : ils l’ont déjà ! » dédramatise Marine Hallegot, qui participe à cette évaluation.« Notre rôle se situe davantage dans l’écoute et le conseil : notre démarche consiste à voir si la personne peut envisager de continuer avec une voiture à boîte manuelle, avec au besoin des aménagements pour lui faciliter la vie… »

Suivant les préconisations émises, chacun s’oriente vers l’aménagement adapté à son handicap : une boule simple sur le volant, voire une boule dotée de toutes les fonctions électriques (feux, klaxon, clignotants…).

Plusieurs freins

Dans les cas plus compliqués, une conduite tout au volant peut être envisagée à bord d’une voiture à boîte automatique, avec accélérateur-freinage à portée immédiate de la main, ainsi que toutes les autres fonctions.Reste qu’avec ses différentes modalités (délais, problème de mobilité, coût des cours et des aménagements dans la voiture…), la démarche peut constituer un frein, et dissuader bien des gens d’entamer la procédure. Il en a coûté 2 500 € de matériel à Joël Chalony, qui table sur une prise en charge - au moins partielle - par la Maison départementale des personnes handicapées. Mais en réalité, la facture s’élève à bien plus (30 000 €), pour le Lannionnais qui a dû faire l’acquisition de sa voiture à boîte automatique, décaissée et toute équipée. Le prix de la liberté pour Joël Chalony.

« Vous êtes un battant », lui glisse Marine Hallegot. Les efforts de son « élève » à rester indépendant arrachent un sourire admiratif à la prof, qui monte néanmoins au créneau : « Régulariser son permis, c’est quand même un parcours du combattant pour les gens… ».

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