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Le handicap en région Bretagne

Portrait: Passioné d'informatique, ce jeune autiste breton veut devenir créateur de jeux vidéos

31 Octobre 2016, 12:28pm

Publié par Association Barrez la Différence

Le parcours du combattant de Corentin, jeune autiste finistérien, ambitieux et passionné.

Comme d'autres lycéens de son âge, le Quimpérois Corentin Gautier entame la dernière ligne droite avant le bac. Il a déjà une idée précise de ce qu'il veut devenir. Il lui reste à trouver une école qui accepterait de l'accueillir après le bac. Car Corentin est autiste.

Corentin a passé toute sa scolarité en primaire « à regarder les oiseaux par la fenêtre. Il ne rendait jamais aucun devoir », raconte sa mère, Anne Gautier. Mais il écoutait. Si bien que lorsqu'il était interrogé, « il savait répondre à toutes les questions ». Au collège, « ça a continué comme cela. Il ne rendait quasiment pas de devoirs ». Le pédopsychiatre rassure les parents. « Il est intelligent. Vous pouvez le faire passer de classe en classe », rapporte Anne Gautier. « Mais il nous a aussi dit que Corentin présentait, selon lui, un syndrome d'Asperger. On n'avait jamais entendu ce mot ! » Mais ce n'est qu'en 4e que le diagnostic de l'autisme a définitivement été posé et que Corentin a pu bénéficier d'une aide à la vie scolaire (AVS).

« Débrouillez-vous avec ! »

En fin de 3e, les parents de Corentin ont voulu l'inscrire au brevet. Mais sans évaluation durant l'année, c'était mission impossible. « Au collège, on nous a dit : " Nous, on l'a gardé jusqu'en fin de 3e, reprenez votre fils et débrouillez-vous avec ! " », s'étrangle encore la mère de Corentin. Les parents s'imaginent alors qu'il ne leur reste plus qu'à inscrire leur fils dans un centre pour adultes handicapés. Mais la passion naissante du gamin pour l'informatique les convainc qu'un autre choix est possible. D'ailleurs, sur les conseils d'une ergothérapeute, ils inscrivent leur fils aux cours du Cned (Centre national d'enseignement à distance). Le but ? Avoir des évaluations pour pouvoir passer le brevet. Corentin s'accroche et tant pis s'il faut s'y reprendre à trois fois pour faire les devoirs. En juin 2013, il obtient le précieux sésame et ses parents se mettent en quête d'un lycée. « Nous sommes allés aux portes ouvertes du lycée Thépot, à Quimper. Nous avons discuté avec l'infirmière et nous nous sommes rendu compte que le lycée était très ouvert sur cette question de la scolarisation des enfants handicapés ». Après cette malheureuse expérience en collège, les parents reprennent espoir. « Notre fils a été très bien accueilli. Il dispose de la même AVS depuis la seconde et il est aujourd'hui en terminale S Sciences de l'ingénieur. Les professeurs ont tout mis en place pour qu'il soit évaluable. En seconde, ils lui mettaient des notes mélioratives pour l'encourager. On lui a mis une pièce à disposition à l'infirmerie s'il a envie d'être seul aux intercours. Il déjeune le midi avec les enseignants ».

Une appli pour les verbes irréguliers

À 18 ans, Corentin est toujours aussi effacé. Il parle peu mais répond quand on l'interroge. Il obtient de bonnes notes.
 
À tel point, d'ailleurs, que c'est son prof de maths qui l'a encouragé à aller en S plutôt qu'en STI2D (sciences et technologies de l'industrie et du développement durable). Ses matières préférées sont les maths, la physique-chimie, la technologie. L'anglais un peu moins mais le jeune doué en informatique a lui-même créé une application interactive. « J'ai utilisé le logiciel App inventor 2 », explique-t-il en montrant sa tablette sur laquelle il a enregistré les verbes anglais irréguliers. Il suffit de saisir le verbe (s'il est correctement orthographié, il s'affiche en vert, sinon en rouge) et sur l'écran apparaissent le prétérit, le participe passé et la traduction en français.

Admissible à Epitech

C'est en jouant à Minecraft que son père lui a transmis le virus de l'informatique. « Il était très doué, il battait son père », se souvient Anne Gautier. Avec ce jeu, Corentin s'est amusé à créer des robots et à faire des programmes pour les améliorer. « Pour la fête des mères, il avait réalisé une carte virtuelle sur laquelle s'empilaient des briques. Quand on appuyait sur l'écran, une partie des briques s'écroulait pour laisser apparaître " Bonne fête maman " suivi d'un feu d'artifice », raconte-elle. Aujourd'hui, Corentin réalise des programmes « avec le langage C ++ et un peu avec Java. J'utilise Visual studio », précise-t-il. « Le code, c'est limpide pour lui », confirme sa mère. À tel point d'ailleurs que Corentin est admissible à Epitech, une école d'informatique. « Nous sommes allés les voir et ils nous ont dit qu'ils n'avaient jamais accueilli d'élève autiste, indique sa mère. Ils se demandaient si ça allait bien se passer et ils lui ont proposé de participer à des " coding clubs " ».

Le plus autonome possible

Un week-end par mois, Corentin prend donc seul le train pour participer à Rennes à ces ateliers de programmation organisés par l'école. Son grand-père l'attend à Rennes. « On veut qu'il soit le plus autonome possible pour qu'il puisse vivre seul plus tard. On lui a appris le parcours. Son grand-père le suit à distance pour s'assurer que tout se passe bien ». En juillet, le lycéen a même participé à une « piscine » (période d'intégration) organisée par l'école. Avec quatre autres lycéens, ils ont réalisé ensemble plusieurs programmes. L'ambition de Corentin est de devenir créateur de jeux vidéo. Le proviseur du lycée Thépot, Pascal Pelleter, ne doute pas de ses capacités. « Ce n'est pas un élève qui réclame une attention particulière. Il comprend vite et bien. On est plutôt satisfait. En langue, on est obligé de se contenter de l'écrit. Une pathologie, ça n'interdit pas d'avoir une activité professionnelle », considère-t-il.
 

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Berthemin 01/11/2016 23:24

Dans le pb de Corentin il S agit de rencontrer les bonnes personnes! Je parle par exemple de l éducation nationale!!! Au collège cela n a pas été le cas hélas ...le handicap reste problématique si les membres de l équipe éducative ne se remettent pas en question ...si l on essaye de faire "avancer " un élève en situation de handicap comme un autre élève , sans mettre en œuvre les moyens nécessaires à son adaptation . Et parfois cela ne demande pas des choses exceptionnelles ...juste une réflexion en lien avec les thérapeutes la famille pour trouver des solutions permettant à l élève d évoluer au sein du milieu ordinaire à son rythme avec si besoin des méthodes particulières ...même si elles ne sont pas préconisées pas l éducation nationale !! Il suffit d ouvrir ses œillères et d avoir un regard différent afin d apporter l aide nécessaire à l élève ... Mais cela demande une volonté forte de la part des enseignants soutenus dans leur démarche par la direction et tout le personnel de l établissement .Cela est possible , le lycée a été plus performant et a su mettre en place autour de Corentin ce qui allait lui permettre d atteindre l objectif attendu ! Peu importe la manière c est le résultat qui compte !!!La famille n a pas baissè les bras et dans le handicap le rôle de la famille est primordial ...croire en son enfant porteur de handicap c est lui donner la confiance qui lui permettra d avancer et de réaliser ses projets !bravo à tous ceux qui entourent Corentin dans ses progrès et sa réussite !