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Le handicap en région Bretagne

Le témoignage de Patricia, une bretonne aveugle et battante

1 Juillet 2016, 04:43am

Publié par Association Barrez la Différence

Janzé Témoignage. Le quotidien de Patricia, aveugle, à Janzé

Patricia Luette a perdu la vue dès la naissance, alors qu’elle était placée en couveuse. « On avait oublié de me cacher les yeux. Ce laisser-aller médical ou pur fatalité a provoqué le décollement de la rétine de mes deux yeux. Je n’ai jamais vu. » En 1998, on lui a enlevé ses yeux naturels pour lui placer des prothèses.

À l’âge de 4 ans, Patricia entre dans le centre pour aveugles des religieuses de la Chartreuse à Auray (Morbihan). Elle y suivra une scolarité jusqu’à l’âge de 20 ans pour obtenir la qualification de standardiste. « Je n’ai jamais pu exercer ce métier par manque de relations. Ça marchait par piston. Ce n’est pas facile de trouver des emplois adaptés pour les aveugles », témoigne Patricia.

« Je n’ai jamais été traitée comme une aveugle »

Sa maman Annick, ayant perdu son mari à la suite d’un accident de travail, lui a tout appris lorsqu’elle était enfant.

Le plus difficile, c’était de former les boucles de mes lacets. J’arrivais cependant bien à trouver les œillets de mes chaussures. J’en ai pleuré. »

Patricia joue brillamment de l’accordéon et du synthétiseur. Elle écrit beaucoup en braille. Elle tient ses comptes, échange sa correspondance et rédige des chants liturgiques.

Patricia répond au téléphone aussi souvent qu’elle le peut. Son portable ne la quitte jamais, surtout quand elle fait les courses. La quinquagénaire s’adonne aux tâches ménagères aux côtés de sa maman. La vie s’égrène normalement dans la maison. « Nous avons seulement veillé à avoir un four équipé d’un allumage électrique pour éviter d’avoir à se servir des allumettes », souligne Annick.

L’absence de Mitch

Côté détente, Patricia aime « écouter » la télévision. « Elle est passionnée de matchs de football de Ligue 1 », explique sa maman. Son cœur balance pour l’Olympique de Marseille. « Du temps de Bernard Tapie, ça fonctionnait mieux ! »

Pendant plusieurs années, Patricia allait faire ses courses avec Mitch, un chien guide Labrador, venu du centre de dressage de Mérignac. « Il représentait mes yeux ». Mitch est mort d’une maladie en mai 2009, à
13 ans.

Pour remplacer son fidèle compagnon, Patricia n’a pas eu d’autre choix que de prendre une canne blanche. « En général, je m’en sors bien, sauf dans le carrefour près du Crédit agricole et au rond-point du Boulevard Cahours. Je ne compte sur personne pour m’aider.

Désormais, elle limite ses déplacements au maximum. Quand elle sort, c’est avec sa mère et son ami Frédéric. « Il y a trop de poubelles à encombrer les trottoirs. » Avec les commerçants ça se passe très bien. « Je n’ai jamais eu de problèmes avec la monnaie. Je calcule tout en euros. J’utilise ma carte bancaire sans difficulté ».

« Tous les deux, nous avons des projets »

Le quotidien n’est pourtant pas toujours rose. Patricia entend des réflexions de toute nature, en particulier, dans la rue et parfois au cabinet médical. « J’ai une grande admiration pour le Secours catholique et les trois prêtres actuels de Janzé qui nous aident moralement », confient les deux femmes.

Patricia assure des permanences de deux heures d’aumônerie à l’hôpital de Janzé le lundi après-midi « en temps que bénévole ». Patricia a rencontré Frédéric en 2015. « Tous les deux, nous avons des projets. Frédéric ne veut pas que je prenne ma canne blanche. Il me guide par la main. À Janzé, il serait bon que tout handicap soit mieux accepté. C’est la vérité » !

À Janzé, Patricia ressent beaucoup d’indifférence, voire même une certaine méfiance à son égard : « Un petit bonjour, permettrait de créer un contact. ».

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